CCI du Vaucluse
Dossier spécial

Quel Vaucluse en 2050 ?

Quel Vaucluse en 2050 ?

Laurent Garcia

Évoquer le Vaucluse 2050 alors que l’on ne sait même pas qui nous gouvernera encore avec certitude dans les mois à venir constitue sans conteste un exercice divinatoire particulièrement aléatoire. Cependant, à l’heure où notre monde change de plus en plus vite, où une partie des métiers de nos enfants n’ont pas encore été inventé, une chose est sûre : notre département concentre de sérieux atouts, mais aussi des défauts chroniques à corriger, afin de le rendre meilleur pour la prochaine génération. Le tout, en ayant la lucidité de ce que nous aurions pu aussi déjà faire dans le Vaucluse d’hier afin d’améliorer celui d’aujourd’hui. 

Pour imaginer ce monde de demain, celui de la prochaine génération, rien de mieux que de commencer par ce qui fait la première richesse de ce département : ses femmes et ses hommes. Ces Vauclusiens, qui n’ont eu de cesse de se marier et d’avoir plus d’enfants que la moyenne nationale, et qui comptent jusqu’à présent davantage de jeunes que le reste de l’Hexagone.

Si à cela on rajoute l’attractivité du département en raison de sa qualité de vie notamment : son solde migratoire (le 2e plus important de la région Sud derrière le Var) a toujours été largement positif dans ce territoire où plus d’une personne sur 10 est un immigré et 55 % des Vauclusiens n’y sont pas nés. De 354 000 habitants en 1968, nous sommes presque 569 000 aujourd’hui. Une dynamique qui nous a laissé envisager un temps nous serions 600 000 en 2050. Aujourd’hui, l’Insee table plutôt sur une population de 575 000 Vauclusiens à l’horizon 2048, à peine plus que maintenant.

Une ‘séniorisation’ du Vaucluse

Il faut dire que depuis 3 ans le nombre de décès est supérieur au nombre de naissance dans le département (idem pour Paca). Un écart qui s’est accéléré durant toute l’année 2025 en raison d’une nouvelle chute de la fécondité (sur 10 ans le nombre de naissances a diminué d’un quart dans le département même si un rebond est attendu en 2030). Un phénomène lié au vieillissement d’une région plus âgée que le reste du pays. Le solde démographique reste cependant encore positif grâce à un excédent migratoire compensant la chute de la natalité.

Pour autant, on devrait immanquablement assister à une ‘séniorisation’ du Vaucluse. En 2050, la part des 65 ans et plus devrait s’élever à 30 % contre 22 % actuellement. On comptabilisera aussi 1,69 fois plus de Vauclusiens de 80 ans, 2,24 fois plus de 90 ans ainsi que 6,3 fois plus de centenaires. Une évolution à mettre en perspective avec les 4 200 places d’hébergement pour l’accueil des personnes âgées recensées dans le département alors que l’on totalisera plus de 104 000 habitants de 80 ans et plus. Se posent d’ores et déjà les questions d’une offre de santé adaptée à cette population auxquelles tentent de répondre les collectivités à commencer par le Conseil départemental de Vaucluse et son plan santé visant à lutter contre les déserts médicaux pour l’ensemble des Vauclusiens. La silver économie devrait avoir de beaux jours dans notre territoire.

Je suis là pour faire avancer les choses.

Gilbert Marcelli

Lutter contre la fuite des jeunes talents

Néanmoins, n’oublions pas que, proportionnellement, le Vaucluse est aussi le département de la Région Sud qui abrite le plus de jeunes, que ce soit aujourd’hui ou en 2070. Des forces vives sur lesquelles pourrait s’appuyer l’avenir de notre développement économique. Encore faudrait-il que la jeunesse vauclusienne n’affiche pas les taux de chômage ainsi que les niveaux de qualification qui sont actuellement les siens. Le tout dans un département où près de 30 000 emplois sont à pourvoir, essentiellement des offres faiblement qualifiées dans les services, l’agriculture ou bien encore le commerce. Pas de quoi forcément orienter à la hausse les revenus pour une population parmi les plus pauvres de France. Autre faiblesse à corriger à l’avenir : la fuite de nos élèves et étudiants qui, en raison d’une offre de formation supérieure limitée dans nos territoires, quittent le Vaucluse pour ne jamais y revenir. En Paca, proportionnellement seuls les départements alpins font pire que nous.

« C’est pour cela que la formation de nos jeunes est un enjeu majeur », martèle Gilbert Marcelli, le président de la CCI 84 qui estime que « son rôle, c’est de trouver des solutions en améliorant les formations actuelles et en faire venir de nouvelles qui ont un potentiel de développement. C’est notamment dans cette logique de protection de la filière industrielle dans notre département que nous avons repris Nextech ou que nous travaillons avec la Ville d’Avignon afin de réaliser l’extension de notre campus de l’Académie Vaucluse-Provence sur un espace ouvert de 10ha. Notre objectif est de réfléchir à 30 ans pour apporter des réponses afin que le niveau de formation des jeunes diplômés vauclusiens soit en adéquation avec les besoins de main-d’œuvre de nos entreprises. Qu’ils ne soient plus obligés de partir à Paris, Lyon, Aix-Marseille ou Montpellier pour y suivre leurs études supérieures. De pouvoir les retenir, plutôt que de ne jamais les voir revenir faute de formations et de boulots sur place. »

Quel Vaucluse en 2050 ?

Elèves du pôle numérique & cybersécurité de l’Académie Vaucluse Provence Wordskills France 2025

L’industrie pour relever le défi de l’emploi

Un défi que pourrait relever l’industrie qui se porte particulièrement bien en Vaucluse (voir dossier ‘Le Vaucluse, grand gagnant de la réindustrialisation ?’ paru dans le numéro 4 du magazine Acte). Entre 2018 et 2024, sous l’impulsion de l’agroalimentaire tout particulièrement le secteur a gagné près de 1 500 emplois dans le département. Quand on sait qu’un salaire dans l’industrie est 30 % plus élevé par rapport au tertiaire et qu’un emploi dans ce domaine en induit entre 4 et 5 dans l’économie locale, cela laisse songeur sur l’opportunité du Vaucluse de profiter de la volonté de réindustrialisation du pays. Surtout que notre département, loin des méga-usines tentaculaires, a de nombreux atouts pour accueillir les industries d’avenir à taille humaine.

En attendant ces lendemains ‘qui chantent’, les industries vauclusiennes représentent déjà 14,1 % des emplois dans le département (contre 11,3 % en moyenne pour la région Sud et 16 % au niveau national) et pèsent plus de 17 % du chiffre d’affaires de l’ensemble de l’économie vauclusienne. Outre l’agro-alimentaire, l’industrie vauclusienne peut s’appuyer sur la consolidation de ses filières fortes comme le nucléaire, comme à Tricastin et l’arrivée espérée de deux réacteurs de nouvelle génération, ou la cosmétique naturelle (parfumerie, aromathérapie, huiles essentielles) et de la naturalité ou bien encore désormais les ICC (Industries culturelles et créatives) dont le cinéma et l’animation 3D. D’autres secteurs nouveaux pourraient émerger autour de l’énergie, la défense ou bien encore les drones avec le développement de l’aéroport d’Avignon.

« Nous croyons effectivement beaucoup aux formations autour des métiers de l’énergie avec les batteries, les panneaux photovoltaïques, le nucléaire, insiste le président de la CCI. Idem avec celles dans les domaines de l’informatique, car nous aurons besoin de petits data centers à échelle humaine, ou bien celles dans les métiers de l’eau. Pour cette dernière, nous travaillons déjà à une formation sur l’eau en lien avec des partenaires locaux et nationaux importants. »

Quel Vaucluse en 2050 ?

Entreprise Orano fleuron du recyclage nucléaire.

Conserver nos valeurs sûres

En 2050, il faudra aussi espérer que le Vaucluse aura su conserver ses valeurs sûres comme l’agriculture, la viticulture, le tourisme, le commerce ou bien encore la logistique. Des ‘piliers’ qui, pour les 3 premiers secteurs, rapportent chacun au moins 1 milliard d’euros par an à l’économie locale. Pour cela, il faudra aussi être en mesure de relever les défis du changement climatique. Tout particulièrement dans les domaines de l’agriculture et de la vigne où il faudra davantage d’eau pour maintenir les niveaux de production actuels. Se pose la question de la gestion de la ressource, à laquelle tente déjà de répondre localement l’université d’Avignon avec sa chair GeEAUde, ainsi que celle du financement des infrastructures permettant de réguler et stocker l’eau lors des épisodes pluvieux qui seront de plus en plus violents après des périodes de sécheresses de plus en plus longues. Pour le tourisme, le lissage de la fréquentation sur l’ensemble de la saison sera inévitable, notamment pour continuer à développer le cyclotourisme, en plein essor, et au-delà l’ensemble des activités de plein air.

« N’oublions pas que nous avons toujours été une zone d’échange et de flux, rappelle le président Marcelli. Ce n’est pas un hasard si les papes se sont installés ici, dans un carrefour européen. Nous disposons d’une des plus grandes zones commerciales d’Europe, particulièrement accessible. Il ne faut donc pas en sous-estimer le considérable potentiel. Même chose pour la logistique connectée à un réseau routier, autoroutier et ferré que beaucoup nous envient. »

D’ici 2050, le président de la CCI espère également que le Rhône aura enfin pris toute sa place dans ce département qui lui tourne le dos depuis bien trop longtemps. « Le tourisme fluvial c’est bien, les croisières aussi mais il faut que nous utilisions le Rhône comme un moteur de notre développement économique. Il peut être une solution en termes de mobilité, d’énergie, de transport des marchandises, de logistique du dernier kilomètre… Nous n’avons rien inventé, les romains le faisaient déjà.

Le Rhône doit être un moteur de notre développement économique.

Gilbert Marcelli

Pourquoi travaillons-nous à l’avenir du port du Pontet en partenariat avec la CNR ? Nous y disposons de 12 ha à deux pas d’Avignon-Nord pour en faire quelque chose qui puisse être le complément de celui d’Arles par exemple. Un espace qui doit devenir ‘mixte’ en accueillant un petit data center à l’échelle locale, des parkings-relais, des lieux de vie et de développement économique. Tout est envisageable, sans tabou. »

« En Vaucluse, poursuit-il, il faudra aussi prévoir d’intégrer quand même quelques activités qui génèrent un certain type de nuisance. Celles dont personne ne veut chez soi mais que l’on souhaite installer chez le voisin. Celles qu’il faut bien implanter quelque part. Qui peuvent créer du déchet mais qu’il faut savoir exploiter ou traiter. »

Au final, le président de la CCI 84 estime pourtant « qu’il y a peu d'endroits en France qui ont autant d’atouts que le Vaucluse ».

Quel Vaucluse en 2050 ?

Chantier de Vallabrègues qui produira de l’électricité pour 24 000 personnes au printemps 2026.

Renforcer l’attractivité et préserver le foncier

Avec tous ces avantages, le président de la CCI estime que le Vaucluse a toutes les armes d’un territoire attractif. « Pour attirer les entreprises et les investisseurs et ainsi créer de l’emploi et de la richesse sur nos territoires l’idéal c’est d’avoir un seul interlocuteur pouvant représenter tout le monde. Quelqu’un qui puisse être un facilitateur, celui qui apporte les solutions. »

« Par contre, il faut aussi disposer du foncier économique pour les accueillir », complète celui qui a conscience qu’il faudra être économe en termes d’espace dans un département déjà très contraint par les risques naturels (inondation et incendie) ainsi que la préservation des terres agricoles et des milieux naturels.

« Il faut d’ores et déjà maintenant travailler sur la verticalité en densifiant la ville. Idem dans les zones d’activités ou les zones commerciales. On ne peut plus se permettre d’artificialiser un terrain de football par jour comme on l’a fait en Vaucluse entre 2000 et 2015. Il faut travailler sur la hauteur. Et quand la solution n'est pas là, il faut irriguer les territoires périphériques. »

« Pour accueillir ces néo-entrepreneurs vauclusiens et leurs équipes de salariés, il faut que nous soyons aussi en mesure d’intégrer efficacement leurs familles, complète Gilbert Marcelli. Que le conjoint puisse trouver du travail et un logement, que les enfants disposent des bonnes formations et que l’ensemble de la famille ait accès à un excellent réseau de professionnels de santé. »

569  000

habitants en 2025

22 %

la part des 65 ans et plus en 2025

600  000

habitants en 2050

30%

la part des 65 ans et plus en 2025

55%

des Vauclusiens n’y sont pas nés

+ 1 500

emplois entre 2018 et 2024, dans l’industrie agroalimentaire

Décider vite et bien

Pour Gilbert Marcelli, les succès à venir reposent aussi sur notre capacité à passer la main au monde économique. « Que les grands chantiers soient pilotés par une administration, c’est bien mais cette dernière n’a pas la culture d’entreprise. Pour donner un cap à notre économie, il faudrait que l’élaboration de cette politique soit menée par les chefs d’entreprises locaux à l’échelle des bassins de vie (voir aussi encadré ‘Et si c’était vrai…’). Que l’on se batte pour faire du développement économique avec le Medef 84, la CPME 84, l’U2P 84 et toutes les fédérations professionnelles. Il faut des gens représentatifs et forts, qui sachent réellement de quoi ils parlent. »

« Il faut aussi que les services de l’État nous accompagnent dans la mise en place de nos projets en faisant preuve de rapidité et d’agilité, poursuit le président de la CCI84. Pour tout cela, je crois qu’il nous faut à la barre de l'économie vauclusienne une chambre consulaire complètement indépendante et représentative des entreprises locales. Une chambre qui défendrait, avec une voix forte et interconsulaire unie, les intérêts des commerçants et des industriels, mais aussi ceux des artisans et même de l’agriculture. »

« Je sais que j’ai un discours direct mais je ne fais pas de politique, reconnaît en toute franchise Gilbert Marcelli. Mais une fois que j'ai pris une position, je suis fidèle aux engagements que j'ai pris et je vais au bout. Je suis là pour faire avancer les choses. Néanmoins il faut savoir ce que l’on veut. Soit on répond aux besoins des Vauclusiens et des habitants du bassin de vie d’Avignon afin de créer du développement économique et de la richesse, soit on arrête de se plaindre que nous sommes l’un des départements les plus pauvres de France. Aujourd'hui, il faut absolument redonner la main au monde économique pour que l’on se batte ensemble afin de développer ce territoire en concertation avec nos élus. »

Et si c’était vrai…

Quel Vaucluse en 2050 ?

Pour mieux mesurer l’impact qu’auront les décisions que nous prendrons aujourd’hui sur le Vaucluse de 2050, imaginons déjà ce que notre département aurait pu être si nous avions été mieux inspirés il y a une génération.

L'exemple le plus parlant est sans conteste celui de la LEO (Liaison Est-Ouest). Plutôt que de compter à ce jour 1 seul des 3 tronçons prévus dans son tracé d’origine, le pont franchissant le Rhône aurait pu être construit à la fin des années 1990, en même temps que le viaduc TGV. Comme cela avait été imaginé à l’époque. Cela aurait coûté beaucoup moins cher et la question du contournement Sud de la cité des papes ne se poserait plus. Les habitants de la Rocade respireraient mieux et l’agglomération d’Avignon aurait enfin disposé des infrastructures de mobilité lui permettant de tenir pleinement son rôle de locomotive économique de son bassin de vie.

Un ‘costume métropolitain’ trop grand ?

Plus loin dans le temps, on aurait pu dire la même chose dans les années 1960 avec le refus d’Avignon d’accueillir la jonction des autoroutes A7 et A9. Même causes et même effets que pour la LEO : Avignon, qui a toujours été une ville carrefour, aurait vu son rôle pivot renforcé et une grande partie de ses problèmes de mobilité résolus. De quoi jouer pleinement son rôle métropolitain alors que ce ‘costume’ lui semble bien trop grand actuellement.

Qui peut imaginer qu’à ce jour le territoire d’Avignon (et une bonne partie du Vaucluse) figure dans le top 16 des plus grandes aires urbaines de France ? Juste entre Montpellier et Saint-Étienne alors qu’Avignon n’apparaît même pas dans les 40 communes hexagonales de plus de 100 000 habitants…

Quel Vaucluse en 2050 ?

Diviser pour mal régner ?

Il faut dire qu’en Vaucluse on aime bien diviser. Un exemple ? Le Pontet, qui vient de fêter le centenaire de sa création en 1925, et Morières-lès-Avignon, en 1872, faisaient auparavant partie du territoire communal de la capitale vauclusienne. La cité des papes pourrait donc compter près de 120 000 habitants. De quoi figurer en 30e position des plus grandes villes tricolores. Et si le concept de communes nouvelles (la fusion de villes limitrophes) avait la bonne idée d’enfin essaimer dans le Sud de notre pays, Avignon pourrait même franchir le seuil des 140 000 habitants rien qu’en intégrant ses ‘quartiers’ que sont dorénavant devenus Villeneuve-lès-Avignon et Les Angles. Avec une ‘locomotive’ plus puissante, le train du Vaucluse serait indéniablement plus fort aujourd’hui.

Quand l’État proposait une vision audacieuse

Pourtant, les visions audacieuses de notre territoire n’ont pas manqué. À commencer par celle de François Burdeyron, préfet de Vaucluse, lors de l’élaboration du schéma départemental de coopération intercommunale. Début 2010, il propose d’intégrer le Nord des Bouches-du-Rhône et une grande partie du Gard Rhodanien dans le Grand Avignon. Il renforce les rôles des bassins de vie de Bollène, Vaison-la-Romaine, Carpentras, Cavaillon et Apt. Cohérent, il ‘envoie’ le Sud-Luberon vers la métropole Aix-Marseille. Une véritable révolution ! La montagne accouchera finalement d’une souris et des 7 intercommunalités imaginées à cette occasion, on en dénombre presque le double en 2025. On le sait pourtant, en termes de développement économique et de cohérence de gouvernance, rien n’est plus efficace que de se calquer sur la réalité de nos bassins de vie. « Je ne comprends plus ce découpage géographique, explique Gilbert Marcelli, président de la CCI de Vaucluse. Le territoire économique doit l'emporter sur les tracés administratifs. Nous sommes tous dans la même zone. Il faut raisonner en bassin de vie : de Bollène à Saint-Rémy-de-Provence, de Bagnols-sur-Cèze au Luberon, du Ventoux à Arles. Nous devrions avoir tous les mêmes objectifs. Travailler main dans la main par zone de compétence et éviter de nous faire concurrence entre nous afin que tout le monde soit gagnant. »

Le territoire économique doit l'emporter sur les tracés administratifs.

Gilbert Marcelli

Enrayer la machine à créer de la pauvreté

Autre immense opportunité gâchée : la réforme des régions de 2014. Selon France stratégie (le Haut-commissariat national à la Stratégie et au Plan), tous les critères étaient réunis pour faire ‘basculer’ le Gard vers la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Restant sourd à la mobilisation (trop tardive ?) du monde économique gardois, l’État tranche : le département sera rattaché à Toulouse même si l’économie gardoise est étroitement liée à celle de la région Sud et plus particulièrement au Vaucluse. France Stratégie l’annonce alors : il faudra au moins 10 ans pour que l’économie de notre voisin s’en remette.

Encore une occasion manquée d’enrayer la machine locale à créer de la pauvreté dans nos deux départements, parmi les plus précaires de France.

Même au sein des organismes consulaires, il y aurait à redire. « Le paradoxe, c’est que des chefs d’entreprise élus pour présider une Chambre de commerce et d’industrie l’ont parfois gouverné comme une administration qui se chargeait plutôt de dépenser, rappelle Gilbert Marcelli. Aujourd’hui, avec les contraintes budgétaires qui sont les nôtres, il faut raisonner en ‘mode entreprise’ en apportant du service et des solutions à nos ressortissants. Le tout en allant chercher des ressources complémentaires innovantes afin de se donner les moyens d’assurer les prérogatives d'une CCI ».

Uchronie vauclusienne

Rêvons encore, plutôt que le quasi no man’s land actuel, les abords de la gare TGV d’Avignon (inaugurée en 2001 !) accueilleraient un quartier modèle en Courtine : concentrant à la fois un important gisement d’emplois qualifiés et un urbanisme modèle en matière de gestion des contraintes hydrauliques.

Dans cet univers alternatif idéal, même la filière des ICC (Industries culturelles et créatives) n’aurait pas attendu de connaître l’essor qu’elle connaît aujourd’hui en Vaucluse pour se développer. C’est vrai que cela ne fait que 80 ans que notre territoire abrite l’un des plus importants événements culturels mondiaux avec le Festival de théâtre d’Avignon.

Côté vigne, les producteurs de Châteauneuf-du-Pape, n’auraient jamais hésité à jouer les ‘grands frères’ de l’ensemble des appellations de la vallée du Rhône en rejoignant l’interprofession d’Inter-Rhône au titre d’une indéfectible solidarité vigneronne. Enfin, toujours dans cette perspective uchronique rêvée où l’on se bouscule pour devenir l’une des locomotives de notre territoire, l’ACA Arles-Avignon, plutôt que d’être devenu le parfait exemple du sabordage d’un club, serait toujours en Ligue 1 depuis son accession lors de la saison 2010-2011. D’une stabilité sans faille, il serait devenu un modèle de formation irrigué par les jeunes provenant de tous les clubs de football alentours. Une référence d’éducation et d’intégration sociale par le sport dans laquelle les plus grandes équipes européennes seraient venus piocher chaque année les pépites de demain.

Une voie tracée par l’ACA suivie par bien d’autres : basket, rugby, hockey, volley, rugby à XIII… Avec chaque fois, un club phare servant de vitrine aux talents locaux d’une discipline.

Arrêterons là cette liste sans fin de ces sorties de routes mortifères pour notre territoire. On l’a bien compris, à l’image de ces décisions qui auraient favorablement impacté notre présent, celles que nous saurons pendre aujourd’hui auront des conséquences majeures sur notre avenir.