Laurent Garcia
Entretien croisé entre Dominique Santoni, présidente du Conseil départemental de Vaucluse, et Gilbert Marcelli, président de la CCI 84. Devant Memento, le nouveau bâtiment accueillant les archives départementales à Agroparc, les deux élus évoquent l’avenir de notre territoire pour la prochaine génération de Vauclusiens.
Dominique Santoni : « Notre site du palais des papes n'était pas suffisant et ne répondait plus aux normes de sécurité. C'est pourquoi nous nous sommes engagés sur ce projet qui est un bâtiment totem sur Agroparc. On a voulu quelque chose de beau qui soit ouvert sur l'extérieur. C'est vraiment un écrin qui sera ouvert au public pour donner envie aux Vauclusiens de venir découvrir leur patrimoine. »
Dominique Santoni : « Bonpas c’est l’exemple type des travaux s’inscrivant pleinement dans notre volonté d’investir et de résoudre les problèmes des Vauclusiens. Aujourd’hui, c’est un point noir routier mais en 2027 c’est un projet qui va nous ouvrir vers l'extérieur et qui concernera tout le Sud-Vaucluse mais aussi les Bouches-du-Rhône et même le Gard. Ce dossier, qui était dans les tiroirs depuis des années, va participer à l'attractivité de ce département qui, quoiqu’on en dise, est un département routier. Fluidifier le trafic, c'est donc faciliter la vie des Vauclusiens et concourir au développement économique de notre territoire. »
Dominique Santoni : « Nous avons fait de l’investissement notre feuille de route en consacrant 124M€ par an à ces travaux. Sur l’ensemble de la mandature nous aurons investi 1 milliard d’euros. Notre souhait c'est d'apporter les infrastructures pour que les entreprises aient envie de venir s'installer sur le territoire, de fidéliser celles qui y sont déjà et de leur permettre aussi d'attirer des collaborateurs de talents. Cela passe par la mobilité, mais aussi par la santé, l’éducation, le logement, l’agriculture... »
La présidente du Conseil départemental et ses équipes réalisent un travail considérable.
Gilbert Marcelli
Gilbert Marcelli : « Les infrastructures sont indispensables pour être attractif, pour attirer vers nous des entreprises qui viennent partout de France pour s'installer. C’est pour cela que la présidente du Conseil départemental et ses équipes réalisent un travail considérable pour réunir en Vaucluse toutes les conditions pour attirer et sécuriser toutes les personnes qui sont prêtes à venir chez nous. Toutes ces actions-là sont complémentaires. Ce travail en équipe, on dit souvent aussi ‘ce travail en meute’, paye et aujourd'hui on le ressent car nous avons toutes les cartes en main pour réussir. »
Dominique Santoni : « Nous avons des finances qui sont extrêmement bien tenues depuis 2015. Nous essayons d’être le plus efficient possible tout en faisant preuve d’un maximum de bon sens. Cela fait donc un certain temps que nous investissons pour renforcer l'attractivité du Vaucluse. Parce que, encore une fois, si nous voulons que ce département se développe, il faut que l’on bâtisse. »
Dominique Santoni : « Je viens du privé. J’ai donc peut-être une manière de faire de la politique un peu différente. Je crois beaucoup au travail d’équipe. Et si les gens qui m'entourent sont meilleurs que moi, cela ne me pose aucun problème. On essaie d'être agile et d'être malin. Et puis, il y a quand même une chose qui à mon avis est fondamentale, c'est l'envie. Moi, j'ai envie de faire et je crois qu'aujourd'hui le département de Vaucluse, c'est une réussite qui est véritablement collective. Pour cela, on peut compter notamment sur CCI 84 qui est actuellement très dynamique. »
Gilbert Marcelli : « C’est vrai que l’on peut dénoter car nous avons le courage de faire. Et quand on agit, souvent on déplace des lignes. Cela peut engendrer certaines critiques, mais notre objectif c’est l’excellence en Vaucluse. »
Dominique Santoni : « Nous n'avons plus la compétence économique de par la loi NOTRe, mais nous avons quand même créé VPA qui est un formidable acteur pour aider les entreprises à venir s'installer sur nos territoires. Rien qu’en 2025, c'est déjà 15 entreprises qui ont été accompagnées. C'est de la création d'emplois et de richesse. »
Gilbert Marcelli : « VPA attire et ensuite il faut suivre les entreprises. C'est pour cela qu'il y a un partenariat qui est très fort entre le département et la chambre de commerce. Car pour qu'une entreprise perdure, il faut bien la suivre. Il faut aussi les accompagner dans leur développement en les intégrant au mieux dans nos écosystèmes. Parler de développement, c’est aussi toujours en revenir aux infrastructures et à l’aménagement du territoire : la mobilité avec l’accès aux grandes voies de communication comme à Bonpas, le port du Pontet, le parc des expositions, l’aéroport… Notre aéroport, dont la gestion est assurée par la CCI actuellement, est une richesse pour notre territoire. On ne peut pas imaginer un Vaucluse se développer sans ces infrastructures-là. D'où notre complémentarité avec le Département. »
Une fois restauré par le Conseil départemental de Vaucluse, le pont des Arméniers à Sorgues devrait constituer l’un des ‘spots’ majeurs de franchissement du Rhône de la Via Rhôna, la véloroute européenne entre le lac Léman et la Méditerranée.
En l’absence de la seconde tranche des travaux de la LEO, le projet de Bonpas constitue désormais le chantier le plus important en termes d’impact sur la mobilité des Vauclusiens pour les années à venir.
Gilbert Marcelli : « Pour la LEO, c’est un projet qui a 30 ans. On aurait pu déjà réaliser un pont sur le Rhône dès la construction de la ligne TGV. Depuis, on essaye de corriger en adaptant les choses mais le monde d'aujourd'hui n’est pas celui de demain. Alors certes, on ne va pas refaire l’histoire, mais le constat est là : on a tout loupé. Pour la Rocade, on a eu une urbanisation anarchique en mettant des habitations le long d’un grand axe de circulation. Maintenant, les habitants sont victimes du passage des véhicules en général. Mais jusqu’à preuve du contraire cela reste une rocade, sans solutions de contournement alternatif. Et puis il y a toute une vie économique qui est basée autour de cette voie, à commencer par l’importante gare de fret SNCF. Il ne faut donc pas être radical. Il faut adapter, écouter et discuter. Par contre, il faut considérer qu’il n’y a jamais rien d’acquis en matière de mobilité. Il y a quelques années on ne croyait pas aux véhicules électriques et regardez aujourd’hui. Le groupe avignonnais Berto a développé des camions à l'hydrogène.
Peut-être qu'il faut relancer cette dynamique-là. Il y a aussi le Rhône tout proche. Je ne dis pas que tout est possible mais tout est envisageable. Être un petit peu plus patient, pour se donner le temps de trouver les bonnes solutions. Quand on dialogue, on arrive toujours à trouver des solutions. »
Dominique Santoni : « Je comprends parfaitement la problématique environnementale des riverains de la rocade, je rappelle que je suis présidente du Parc naturel régional du Luberon, mais pour moi : la Léo était une des solutions à la rocade. Nous sommes dans un département qui, de par sa configuration et sa géographie, est un département routier. Un territoire dont la ville-centre n'est pas au centre. Les habitants n’ont pas d’autres choix que de se déplacer pour aller dans les centres névralgiques pour travailler. Les aménagements routiers sont donc indispensables. Avec cet arrêté pour interdire le passage des camions sur la rocade, je pense qu'on fait de la solution un problème. D'abord, cela ne concernera que 3% du trafic. Cela n'amènera pas de solutions durables aux habitants de la rocade. Ensuite ce sera un véritable coup-dur pour le monde économique et la filière rail-route. Nous nous battons pour ramener des entreprises sur le territoire et apporter un développement économique harmonieux et régulier et là, on parle d'interdire le transport. Pour moi, ce dossier mérite une concertation plus approfondie. »
On peut compter sur la CCI de Vaucluse qui est actuellement très dynamique.
Dominique Santoni
Gilbert Marcelli : « On ne le répétera jamais assez, le Vaucluse est situé sur un axe majeur, au carrefour entre le Sud, avec l'Italie et l'Espagne, et le Nord de l'Europe. Notre territoire attirera toujours, donc il faut être en mesure de disposer de foncier, mais pas à n’importe quel prix. Le foncier, on peut en trouver mais en l’adaptant, en imaginant des modes de construction différents. Au lieu de faire de l'horizontal, faisons du vertical par exemple. Nous avons organisé récemment des assises du foncier, on voit qu'on a des solutions pour peu que nous soyons pragmatiques. »
Dominique Santoni : « Notre département souffre de deux problématiques de foncier discriminantes : le foncier économique et le logement. Pour le logement, nous travaillons notamment avec GDH (Grand delta habitat), en concertation avec les intercommunalités et les communes. Car si on veut attirer des entreprises et leurs employés, il faut qu'il y ait du logement. Quelqu'un qui a envie de venir s'installer sur un territoire, il veut aussi avoir des médecins, des collèges, être en sécurité, pouvoir aller au cinéma, voir des spectacles… Tout ce que nous, Département, nous nous efforçons de développer avec les autres acteurs du territoire, qu’ils soient publics ou privés. Pour le foncier économique, il y a des projets d'agrandissement et d'aménagement de certains lieux que nous menons en partenariat avec les EPCI qui ont la compétence économique. Enfin, j’insiste : si on veut que des entreprises viennent s'installer ici, il faut aussi des infrastructures. Au-delà, je crois surtout que pour développer un territoire, il faut une volonté, une envie et une dynamique. Ces 124M€ que nous investissons chaque année c'est un signe fort que l'on envoie au monde économique. »
Gilbert Marcelli : « Pour être attractif il faut aussi avoir des centres de formation de qualité. Quand on reprend un centre de formation comme celui de Nextech, l'ancien centre de formation de l'UIMM (Union des Industries et Métiers de la Métallurgie) c'est un signe majeur. Nous ne pourrons faire du développement économique que si les jeunes restent sur notre territoire grâce à la qualité de notre formation. On voit trop nos enfants partir sur Marseille, Montpellier ou Paris. Et une fois qu’ils sont partis, ils ont rarement la possibilité de se réinstaller ici. Il faut donc leur donner la possibilité de revenir. L'idéal, c'est même qu'ils ne partent pas. C’est pour cela que nous avons des projets pour attirer des grandes écoles car aujourd'hui nos jeunes ne resteront sur le territoire que si nous sommes en mesure de leur apporter les niveaux de formation attendus. »
Le Département de Vaucluse a mis en place une politique particulièrement volontariste afin de développer les filières de l’audiovisuel et des studios d’animation sur son territoire.
Avec Memento, le nouveau pôle des patrimoines de Vaucluse le Conseil départemental entend ouvrir encore davantage au public l’accès à l’histoire du département.
Gilbert Marcelli : « Nous avons déjà de nombreux points forts à développer comme l’agroalimentaire, l’agriculture, la viticulture, le tourisme, la logistique mais nous devons aussi nous appuyer sur une industrie forte. Je le rappelle souvent. Un emploi créé dans l'industrie entraîne 4 à 5 emplois dans les activités de services. »
Dominique Santoni : « On peut aussi évoquer l'innovation, la naturalité ou bien la filière des studios d'animation dans laquelle nous sommes un des premiers territoires d’accueil en France. Nous travaillons aussi à la création de studios de cinéma à 2h20 en TGV de Paris dans un département qui a des paysages exceptionnels à proposer. On le voit, nous avons encore énormément de projets pour améliorer ce département. »
Quand on dialogue, on arrive toujours à trouver des solutions.
Gilbert Marcelli
Dominique Santoni : « Le département, en 2050, moi, je le voudrais audacieux, durable, gourmand et connecté. Je voudrais également que l’innovation soit véritablement au cœur de notre ADN. Que le Vaucluse constitue un écosystème économique à part entière. Et puis, que nous mettions toujours la concertation au cœur de notre fonctionnement tout en préservant nos racines. »
Gilbert Marcelli : « Je suis pour un Vaucluse high-tech avec des datacenters en bord de Rhône, sur des terrains qui nous appartiennent. Un aéroport où l’on pourra développer des filières autour des drones et, pourquoi pas, des avions taxi. Je vois également une IA hyper développée nous permettant de nous faciliter la vie, pas de remplacer des emplois. Il faut aussi avoir une vision à l'international. On ne peut pas travailler qu’en circuit fermé. Il faut voir ce qui se passe ailleurs. Les États-Unis, c'est compliqué en ce moment. Mais demain, cela sera peut-être plus facile. Les pays asiatiques ? Il y a 30 ans ou 40 ans la Chine nous copiait, aujourd’hui elle a plusieurs longueurs d’avance dans de nombreux domaines technologiques. Il faut voir ce qui se passe ailleurs car c'est maintenant que se décide notre avenir. »
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